La chronique finlandaise de Fanny – épisode 4 : l’école positive

Je mentionnais dans l’article précédent l’étonnement des étudiants finlandais quand je leur disais comme nous étions « punis » à l’école dès le plus jeune âge (on envoie déjà des enfants « au coin » en maternelle). En effet, la sanction ne fait absolument pas partie du mode d’apprentissage finlandais. Les étudiants ne comprenaient même pas ce que je leur disais ni comment punir un enfant en l’humiliant devant ses camarades pouvait l’aider à se développer. Le mot « cruel » fût même employé quand j’ai expliqué que j’avais déjà été privée de récréation à 8 ans pour avoir écrit un mot à ma voisine. Pourtant, je n’avais jamais réellement remis en question ces méthodes qui, pour moi, font partie de l’expérience scolaire et de la manière dont on m’a appris à « bien » me comporter. Quand on observe le système éducatif finlandais, et son succès, on comprend pourtant bien que ces sanctions, ce stress qui est mis sur les élèves très tôt en France ne sont pas nécessaires et empêchent les enfants de s’épanouir à l’école. École qui en Finlande est vue comme une deuxième maison, un lieu d’apprentissage sans inégalité où le seul but est de s’instruire, où il n’est même pas question de « réussir » ou non.

J’ai parlé dans mes chroniques précédentes du volontarisme des étudiants à l’université, qui sont invités à participer sans cesse et le font de manière très naturelle. Il est intéressant de voir que les professeurs commencent toujours leur commentaire par un constat positif, on n’entendra jamais un professeur critiquer la remarque d’un élève ou lui montrer en quoi il a tort. Chaque commentaire est mis en valeur pour son intérêt, même si ce n’était pas nécessairement la réponse attendue. En me renseignant sur les plus petites classes en Finlande j’ai  remarqué que le système d’apprentissage était fondé sur la récompense de l’effort.

L’échec n’existe pas à l’école, et tant qu’il y a effort il y a apprentissage. La non-compréhension n’est jamais vue comme un manque de travail tout comme les notes ne dépendent pas de la bonne ou mauvaise volonté de l’élève. C’est bien pour cette raison que dès le plus jeune âge il est toujours possible pour un élève finlandais de repasser un test « raté » et celui qui y est arrivé la deuxième fois ne sera pas pénalisé comparé à ceux qui auront compris de manière plus rapide. Personne n’est mis de côté et le but est d’avoir une classe complètement hétérogène. Le redoublement n’existe d’ailleurs pas en Finlande ! Pas de peur du redoublement donc qui est un signe « d’échec » encore aujourd’hui en France. Il n’y a pas non plus de notation chiffrée avant 13 ans et quand il y a des notes elles ne sont pas là pour récompenser un certain effort. Elles permettent de s’évaluer mais les élèves ne travaillent pas pour la note. On rejoint ici un sujet très important de Changer le collège dans lequel il est dit que :

« Les notes sont souvent vécues comme des sanctions et, dès lors, tuent le désir d’apprendre et diminuent l’estime de soi. Elles ne reflètent le plus souvent ni la valeur de l’élève ni la réalité des efforts consentis ».

Il n’y a pas non plus d’examen final tel que le brevet qui est encore aujourd’hui une source de stress chez nos élèves de 3ème (qui, rappelons le, n’ont que 15 ans). Je me souviens très bien du stress mis de manière volontaire par les professeurs dès la 4ème pour le brevet. Des professeurs nous répétant sans cesse que si l’on ne travaillait pas, si l’on n’avait pas de meilleures notes, nous n’aurions JAMAIS notre brevet et ceci dans le seul but de nous faire peur. La peur ne serait jamais vue ici comme une source de motivation encore moins quand elle s’adresse à des élèves de quinze ans.

J’ai pu remarquer enfin en parlant avec les élèves de mon université (étudiant en Business et Management) qu’il n’y a pas de hiérarchie dans les parcours. Chacun choisit son chemin mais il n’y a pas de bonnes ou mauvaises études comme on peut le voir encore en France dès le collège avec les filières professionnelles qui restent pour les « moins bons élèves » puis, au lycée, avec la filière scientifique et enfin plus tard avec les écoles préparatoires très sélectives. Ici toutes les options sont respectées et légitimes tant qu’elles correspondent au choix réfléchi de l’élève.

Fanny

Vaasa, avril 2014

À propos de Jérôme Saltet

J'ai 50 ans, je suis marié et j'ai 3 enfants. Mon fils aîné a 21 ans et est en première année d'école de commerce. Ma fille a 18 ans et va passer un bac littéraire. Mon plus jeune fils a 11 ans et vient d'entrer en 6e. Ils ont tous les trois suivi leur scolarité dans les écoles publiques de notre quartier, à Paris.
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