La chronique finlandaise de Fanny – épisode 2 : apprentissage des langues et échanges de savoirs

Dans la résidence où les Erasmus sont logés à Vaasa il y a plus d’une quinzaine de nationalités différentes et nous communiquons donc en permanence en anglais. Au fur et à mesure, je me suis rendue compte que, souvent, les personnes venant du même pays avaient à peu près le même niveau (avec des exceptions bien sûr). Ainsi, tout le monde s’accorde à dire que les Espagnols et les Italiens ont un problème avec la grammaire, les Grecs avec le vocabulaire, les Français avec l’accent (source continuelle de blagues et imitations) … Il doit bien y avoir un rapport avec l’enseignement des langues dans ces pays ; et en France il est certain que nous nous entrainons beaucoup moins à l’oral au collège et au lycée qu’en Finlande.

Si les Français sont souvent moqués ici à cause de leur niveau d’anglais ce n’est pas sans raison. J’ai moi-même été plus d’une fois choquée par le niveau lamentable de plusieurs Français (il n’y a pas d’autres mots que lamentable quand on entend une jeune fille dire « I have 20 years old ».) Mais, ce que les étrangers prennent pour « l’arrogance française » qui nous rendrait paresseux quand il s’agit d’apprendre une autre langue que la nôtre, est en fait bien un problème d’éducation. La fille en question avait commencé l’anglais en 4ème donc à 14 ans et n’a jamais eu réellement à parler en anglais en cours (seulement un exposé en groupe durant sa terminale.)

Ici, la grande majorité des personnes étant allées jusqu’aux études supérieures a un bon niveau d’anglais et pratique une deuxième langue tout aussi couramment. L’entrainement à l’oral ainsi que les écoutes audio sont au fondement de leur apprentissage.

 

À l’université, un système très intéressant a été mis en place : le « language buddy ». Le principe est que tous ceux qui le souhaitent envoient à l’école un mail pour les informer quelle langue ils souhaitent apprendre et quelle langue ils peuvent enseigner (il faut nécessairement être bilingue). Avec toutes les informations récoltées l’université forme des binômes et chacun devra enseigner sa langue à l’autre de manière complètement libre. L’élève instruit et apprend. Il y a un contrat tacite avec l’école : les étudiants acceptent de se retrouver où ils le souhaitent 2 heures par semaine pendant un semestre. Les rencontres peuvent consister en de réels cours de grammaire/conjugaison/prononciation mais l’école encourage aussi à se retrouver à l’extérieur, à cuisiner ensemble pour découvrir d’autres cultures ou à aller voir un match de hockey (véridique !).

Ce système est sur la base du volontariat mais apporte tout de même 2 crédits ECTS alors qu’il n’y a aucun examen. L’école ne vérifie à aucun moment le niveau des protagonistes mais considère que l’expérience ne peut avoir été qu’édifiante. De la même manière qu’il n’y a aucune matière où l’intégralité de la note se résume au partiel final, l’école finlandaise tient à récompenser l’effort avant le résultat surtout lorsqu’il s’agit des langues.

Fanny

Vaasa, le 28 mars 2014

À propos de Jérôme Saltet

J'ai 50 ans, je suis marié et j'ai 3 enfants. Mon fils aîné a 21 ans et est en première année d'école de commerce. Ma fille a 18 ans et va passer un bac littéraire. Mon plus jeune fils a 11 ans et vient d'entrer en 6e. Ils ont tous les trois suivi leur scolarité dans les écoles publiques de notre quartier, à Paris.
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